Le cinéma est peut-être le meilleur moyen pour s'imprégner d'une culture étrangère. Or le cinéma japonais recèle quelques perles en matière d'érotisme. On pense immédiatement au film d’Oshima et son très beau Empire des sens:


L'Empire des sens - Bande annonce Vost FR

Le film raconte l'histoire, vraie, de Sada Abe, une ancienne prostituée devenue femme de chambre. Son histoire d'amour avec le patron de l'hôtel où elle travaillait aurait pu être banale si elle n'avait pas atteint des sommets: car les deux amants se coupèrent du monde pour vivre une passion si forte qu'elle conduisit Sada en prison et son ami au cimetière. Ce qui frappa le plus l'imagination des contemporains (l'événement eut lieu en 1936) c'est l'innocence toute paradoxale de la jeune femme. Et quand on lui demanda pourquoi elle avait mutilé le cadavre de son amant, et où était le bout manquant, elle le sortit de son sac à main en expliquant qu'elle lui avait coupé la verge pour être sûr que jamais une autre femme ne pourrait en profiter. Le tribunal fut particulièrement tendre avec elle, acceptant des circonstances atténuantes pour ce "meurtre d'amour".

Oshima Nagisa en fit un film somptueux, sensuel. Pour contourner la censure il en fit une coproduction française afin d'être diffusé comme "film étranger" dans l'archipel. Cela n'empêcha pas les censeurs de couper et flouter à tout va une pièce qui, c'est vrai, tourne toute entière autour de le notion d'érotisme. Cette idée de coproduction eut cependant comme effet bénéfique de rendre "visible" ce film qui sinon serait resté dans le ghetto des "Pink Eiga" (les films destinés aux réseaux adultes) et jamais il n'aurait été présenté pour le festival de Cannes.