Le devisement du monde

Après le Japon, me voilà dans un nouveau territoire à explorer: Marseille... Mais que les amateurs d'érotismes ne soient pas inquiets, je continuerai à parler de fesse!

11 novembre 2008

Entre parenthèses

Ceux qui suivent ce blog régulièrement ne seront pas étonnés en apprenant que j'ai décidé de mettre "le devisement" en sommeil pour un temps: je voulais parler du Japon, je n'y suis plus, et du processus éditorial, Tokyo Rhapsodie est publié... Mais comme vous n'avez pas affaire à un ingrat, voici, en guise de paraphe, les premières lignes du roman de Carlos Ruiz Zafon, El juego del angel, traduites par ma chère et tendre:

"Un écrivain n'oublie jamais la première fois qu'il accepte quelques pièces ou un compliment en échange d'une histoire. Il n'oublie jamais la première fois qu'il sent le doux poison de la vanité dans ses veines et il croit que, s'il parvient à ce que personne ne découvre son manque de talent, son rêve de littérature lui accordera un toit au-dessus de sa tête, une assiette chaude à la fin du jour, et ce qu'il désire plus que tout : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui lui survivra sûrement. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, car c'est celui où il s'est perdu et qu'il a donné un prix à son âme."

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03 octobre 2008

PECHES MIGNONS

A chaque fois que je passe à la Musardine, je rigole tout seul en voyant les couvertures de la collection "Osez...". Le dessinateur s'appelle Arthur de Pins, il a un sacré coup d'œil et un blog bien fichu avec pas mal d'extraits en ligne. En effet il ne se contente de faire des couvertures, il fait des BDs. Cela s'appelle Péchés Mignons et c'est à mourir de rire.

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14 septembre 2008

LA CHAMBRE ROUGE

J'ai trouvé ce petit recueil de nouvelles d'Edogawa Rampo au hasard d'une recherche dans les rayonnages de mon appartement.

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Rampo, c'est le nom du café à Yanaka où j'aimais prendre mes aises, c'est aussi celui d'un romancier à l'imagination torturée, prolifique, explorant sans fausse pudeur la veine de l'Ero-guro (érotique grotesque) chère à l'ami Charles. La nouvelle "La chambre rouge" qui a donné son nom au recueil est un petit bijou de cruauté. A lire absolument !

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12 août 2008

HISTOIRE D'O

Histoire_d_oOn en parle beaucoup cet été, que ce soit dans l'express ou sur Buzz... Ce roman, je l'ai lu tôt, avant Masoch mais après Sade, et je me souviens avoir été frappé par la langue utilisée: qu'on puisse utiliser un style aussi précieux pour décrire des scènes aussi crues, cela me semblait incroyable. Bizarrement, le contenu m'avait beaucoup moins intrigué, j'avais toujours imaginé Justine à demi-volontaire, et les abandons d'O ne me semblaient pas si neufs que ça.

J'ai relu ce roman pendant la rédaction de Tokyo Rhapsodie, en contrepoint de mes recherches sur l'érotisme nippon. Ce qui m'a alors le plus troublé, c'est le pouvoir d'évocation de l'auteure, sa capacité à faire appel aux cinq sens pour appuyer ses descriptions.

Et le sexe dans tout ça? Eh bien tout cela est devenu bien gentil et bien doux: une petite bourgeoise va se faire attacher et baiser par tout un tas de Messieurs masqués, avec par moment un peu de flagellation pour faire bonne mesure. On est dans le classique, et plus du tout dans la transgression qui devait faire la force de ce livre il y a cinquante ans.

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26 juin 2008

LA PEUR

Elle me tient au ventre depuis deux jours. Oh, ça a commencé par une simple fatigue, facilement mise sur le compte des ennuis ordinaires et extraordinaires, et puis les preuves ont commencé à s'amonceler. Futiles d'abord, comme des erreurs de ma part: la chemise cambodgienne que je met bêtement à la machine et qui déteint sur le chemisier de ma chère et tendre. Ah, me dis-je, ça m'apprendra à ne pas suivre l'exemple des japonaises.

Ubik1Mais rapidement les choses se sont corsées... Mardi, en faisant les cartons, je tombe sur une barquette de ce qui a dû un jour très lointain être des inari-zushi. Perdus derrière un meuble, ils forment maintenant une purée noirâtre, avec une suppuration liquide qui remplit les deux tiers du contenant en plastique. Le tout est à peu près étanche, heureusement. Le plus curieux c'est que cela ne dégage absolument aucune odeur. Rien. La chose part à la poubelle.

Le sentiment vague d'être dans un roman de Philip K Dick s'est précisé hier, quand je me suis réveillé avec ce impression de vague hostilité. J'ai commencé à travailler. Un appel de textes pour un recueil de nouvelles m'a amené jusqu'au milieu de l'après-midi... En rajoutant de l'eau dans le percolateur, j'ai noté quelque chose surnageant dans le réservoir... Je me penche, et me recule d'un coup: deux cafards flottaient, noyés, dans le bac de la machine à expresso. J'ai nettoyé en essayant de refaire mentalement mes gestes de la veille; ai-je bu un café, et si oui, les locataires à antennes y étaient-ils déjà?

Depuis, j'ai peur. Si la loi des séries se vérifie, l'étape suivante est, au choix, l'ouverture d'une porte dimensionnelle dans mon frigo, l'explosion ectoplasmique d'un fantôme en forme de saucisse géante sur les murs de l'appart, ou la fin de votre serviteur, dévoré par la ménagerie invisible qui peuple ledit appartement. Argl !

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23 juin 2008

L'ARMEE DE L'EMPEREUR

Un copain qui prépare une étude sur le traitement des prisonniers russes pendant la guerre russo-japonaise m'a prêté ce pavé de cinq cents pages sur le parcours militariste du Japon. Premier constat, c'est l'œuvre d'un historien, ce qui change du dernier livre que j'avais lu sur la question (le très contesté Rape of Nankin d'Iris Chang). Ici on a des sources croisées (y compris japonaises) et une méthode. De plus l'auteur, Français, ne peut être accusé de sympathies pro-chinoise.

Le texte, par l'ampleur géographique et temporel des éléments étudiés ne pouvait pas être exhaustif, Jean-Louis Margolin cherche donc plutôt à démonter les rouages d'un système qui a vu la brutalisation forcenée des règles d'engagement en Chine d'abord, puis sur tous les théâtres d'opération : exactions sur les prisonniers de guerres, les civils, négation de la valeur de la vie, tant pour les combattants japonais que pour leurs opposants ravalés aux rangs d'animaux. Il analyse ensuite le siphonnage des ressources des pays conquis en vue de soutenir l'effort de guerre. Main d'œuvre, productions minières et alimentaires, rien n'échappe à la rapacité d'un occupant à la fois brutal et brouillon.

Margolin

J'ai particulièrement apprécié le chapitre 3 "Un fascisme impérial ?" qui décortique le système politique. La continuité qu'on observe depuis Meiji jusque dans les années les plus noires (une élection législative a lieu en 1942) rappelle que cette guerre a bien été voulue, désirée, et que ses conséquences ne sont pas tombées sur un peuple innocent, opprimé par une clique de va-t-en guerre.

Au chapitre des regrets, j'aurais aimé qu'on aille au delà des batailles de chiffres pour savoir combien de soldats chinois ont été exécutés à Nankin, ou combien d'indonésiens sont morts sur la création de la ligne de chemin de fer Bangkok-Rangoon (celle popularisé par le film "le pont de la rivière Kwaï") pour faire une vraie mise en perspective des actions de l'armée japonaise.
Il n'empêche, ce texte au ton juste explore pour nous, et en français, un sombre chapitre de l'histoire de l'asie. A lire absolument !

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19 juin 2008

BAISE-MOI

baise_moiCe bouquin a pour moi une histoire. Quand je suis arrivé au Japon, en été 2002, je n'avais pris avec moi qu'une paire de bouquins. Le reste, envoyé par bateau, allait mettre plus de deux mois à me parvenir. Très vite, je me suis retrouvé avec rien à lire, pas de classes (les cours reprenaient en septembre), pas d'ordinateur (l'écran du PC que je venais d'acheter avec le peu d'argent que j'avais m'avait lâché au bout d'une semaine), et pas vraiment de budget pour acheter des livres.

C'est en fouillant dans les tiroirs de mon bureau que j'ai trouvé Baise-moi, laissé là par mon prédécesseur. Je l'ai dévoré. Depuis, pour moi, il reste lié au Japon en été, quand on étouffe sous l'humidité ambiante, que chaque mouvement est un effort.

De l'histoire elle-même, je me souviens d'une ambiance de road-movie apocalyptique, pleine de violence, de sexe, et de fraises tagada... Je l'ai immédiatement recommandé à ma chère et tendre, restée en France. L'outrance du texte la rebuta, elle ne parvint même pas à le finir.

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, mais il fait toujours aussi chaud en été au Japon. Peut-être est-il temps pour moi de relire ce roman?

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07 juin 2008

PERVIGILIUM VENERIS

Crás amét qui númquam amáuit
quique amáuit crás amét.

C'est le refrain du très beau poème La Veillée de Vénus, ou PervigiliumVeneris dont la traduction de Danielle De Clercq est disponible en ligne. Extrait :

Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
    et qui a aimé, demain vive d'amour

        Elle colore l'année des gemmes pourpres des fleurs.
        Quand les boutons de roses poussent sous le souffle du zéphyr,
        Elle les enfièvre tendus à faire éclater leurs calices. De la rosée lumineuse
        Que laisse la brise nocturne, elle répand les gouttes mouillantes,
        Qui, entraînées par leur poids, brillent, larmes tremblantes.
        Prêtes à tomber, les gouttes rondes se resserrent pour freiner leur chute.
        Pourpres, voici des fleurs dans leur pudeur dévoilée :
        La rosée que dans la plénitude des nuits distillent les astres,
        A ouvert à l'aube l'humide manteau des roses virginales en boutons.
        La déesse a fait à l'aube s'offrir nues les roses vierges.
        Née du sang de Cypris et de baisers de l'Amour
        Et de gemmes et de flammes et d' éclats pourpres du soleil,
        Demain, ce voile de feu qui la couvre et la cache rougissante,
        Sans pudeur la rose l'ouvrira pour nouer un seul hymen.



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13 mai 2008

JIN PING MEI - FLEUR EN FIOLE D'OR

Ce roman érotique fondateur est classé parmi les "Cinq grands classiques"* de la littérature chinoise. Ce texte du début du XVIIe siècle est peut-être à mettre en parallèle avec nos Liaisons dangereuses écrites presque deux cents ans plus tard : même souci du détail, même raffinement, même univers pétri de codes moraux où réputation et honneur comptent plus que tout, même scélératesse des personnages pourtant estimés, ou du moins craints, par la société, même chute finale.

Seulement nous sommes en Chine, et tout se passe derrière les paravents. On y découvre la vie des femmes, leurs luttes pour attirer et conserver l'époux volage qui, en plus de ses six femmes et concubines, collectionne les aventures dans le quartier de plaisir et avec les servantes.

Jin_ping_mei

Ce texte énorme de près de deux mille pages est un monument, et c'est bien le problème : il faut du temps pour oublier sa peur face au gigantisme de la culture chinoise. Chaque page, chaque allégorie est une référence à un texte, une chanson, un poème, une légende qu'André Lévy, en bon universitaire, ne manque pas de relever. Du coup, il devient difficile de rentrer dans ce livre et plus encore de se laisser porter par sa poésie. Reste les moments de fulgurance, et c'est pour eux que l'on poursuit la lecture.

*"Histoire des Trois Royaumes", "Au bord de l'eau", "Le Voyage en Occident", "Le Rêve dans le pavillon rouge" et le "Jin Ping Mei"

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03 mai 2008

LA PRINCESSE

Un récent article de Pierre Assouline m'a furieusement donné envie de lire la Princesse de Clève. C'est bien, m'a répondu ma chère et tendre, mais tu vas être déçu : il la baise pas à la fin.
Arf... Faut-il donc que l'acte soit consommé et surtout décrit pour que se soit intéressant? J'ai par exemple beaucoup aimé Flaubert et son Education sentimentale : ça couche à tout va, mais derrière des portes closes et dans des pièces couvertes de tapis pour étouffer les cris. Ah, le dix-neuvième siècle bourgeois si érotisé parce que plein de la notion de péché... Voyons ce qu'il en est du dix-septième !

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