31 octobre 2008
INTERVIEW PSYCHO SEXO
Un journaliste de ce magazine tout neuf m'a contacté pour répondre à quelques questions sur l'érotisme et le Japon...
Vous êtes l’auteur de Tokyo Rhapsodie où vous montrez une capitale japonaise aux contours sexuels plus que débridés ! Vous avez vécu 6 ans au Japon. Est-ce un Japon fantasmé de la part des français qui y vivent ou bien entre-t-on dans l'univers érotique des Japonais eux-mêmes ?
Je voulais écrire, et décrire, un Japon cru et violent, et pour cela le genre romanesque s’est imposé. J’ai commencé par travailler sur des archétypes, ceux qui effectivement correspondent aux phantasmes des Français (la geisha, la petite amie à la mine de poupée et en apparence si soumise) ou des Japonais (les lycéennes en uniforme). Concernant les pratiques décrites, ce sont celles qui peuplent les pages des mangas érotiques : bondage, triolisme, bukkake… La structure même du roman renvoie d’ailleurs à la bande dessinée nippone : il s’agit de saynètes courtes avec une force évocatrice extrêmement graphique.
Qu’est-ce qu’un ou une Française peut apprendre de la sexualité japonaise par rapport à sa culture occidentale ?
Ce que l’on apprend au contact d’une société si différente, c’est avant tout à se connaître mieux soi-même. Ce qui provoque chez nous choc, dégoût ou colère, est en fait la clé d’une leçon importante : il n’y a pas de péché. Cela peut sembler évident, mais il a fallu que je parcoure 10 000 kilomètres pour en voir la mise en pratique. Au Japon, pays peu touché par le christianisme, le corps et le plaisir ne sont pas sales. Il appartiennent à la sphère du privé, on ne criera donc pas sur les toits qu’on pratique le bondage ou l’échangisme, mais en même temps le sexe n’est entaché d’aucune culpabilité. Il existe, point.
Quand on parle d'érotisme et de pratiques "made in Japan" on évoque souvent le bondage (shibari/kinbaku), il y a d'ailleurs une scène très forte dans votre livre qui l'illustre...
Il faut bien voir que le shibari tel qu’on le voit par exemple dans les mangas ou dans les films répond à plusieurs exigences. Tout d’abord il s’agit d’un art qui s’appuie sur une tradition ancienne, ligotage et suspension faisaient partie de l’attirail judiciaire permettant d’obtenir des aveux de la part des suspects, et qui a un objectif esthétique. Pour ceux qui s’adonnent à cette pratique, la quête va au-delà de l’excitation sexuelle : ce que l’on cherche à faire en liant et en suspendant son partenaire, c’est obtenir une vision de son vrai visage. On lui arrache le masque fait de politesses et de convenances, pour le mettre véritablement à nu.
J’ai essayé de combiner ces éléments pour forger une scène à la fois esthétique et cruelle : d’un côté le maître explique le sens de ses œuvres et en même temps on a affaire non pas à des tableaux mais à des êtres vivants, qui plus est en état de souffrance.
Beaucoup de stimulants sexuels dans votre livre aussi, des aphrodisiaques et divers filtres... Est-ce aussi courant au japon? Pour les hommes, pour les femmes?
Eh oui, le Japon est le paradis du gadget et la sexualité n’est pas une exception. On y vend par exemple des ona holes, ou vagins jetables : il s’agit de canette à usage unique pour masturbation masculine. Certaines sont décorées de personnages de manga pour parfaire l’illusion…
Concernant la drogue décrite dans mon livre, il s’agit plutôt de travailler sur le ressort de l’abandon de la volonté, sur un jeu de contrainte et de violence qui peut paraître malsain mais qui fait partie intégrante de l’érotisme japonais. L’homme, pour être rassuré dans sa virilité, recherchera une femme-enfant peut expérimentée, ou quelqu’un jouant ce personnage. D’où cette tendance qu’ont les filles à jouer les saintes nitouches en disant yada ou dame (non, non !) non pas pour repousser le garçon, mais pour le conforter dans son rôle de dominant.
Vous êtes à nouveau en France, est-ce que les tabous en France et au Japon sont les mêmes ?
Disons qu’en France on parle beaucoup de sexe mais on ne fait souvent pas grand chose, au Japon c’est le contraire.
Deux protagonistes de cette fiction sont français. L’un y est depuis peu et découvre les dessous de Tokyo, l’autre y est depuis pas mal de temps et a pris certaines distances. Dans ce livre quel est leur regard leur appréhension de la vie sexuelle au contact des japonaises ?
Ces deux personnages pourraient être la même personne à cinq ou dix ans d’intervalle. Pour un garçon débarquant au Japon, l’impression de devenir un sexe-symbole est très grisante. Et puis avec le temps viennent les désillusions. Dans un pays machiste comme le Japon, les filles ont appris à être manipulatrices et le bourreau des cœurs se retrouve pieds et poings liés à sa « conquête ». Ou alors après avoir multiplié les aventures trop faciles et sans lendemain le garçon commence à se demander ce que cherchent vraiment les filles qui sortent, et couchent, si facilement avec lui. N’est-il pas en fait qu’un « petit copain gaijin » juste bon à rendre jalouses les copines et faire bien sur les photos ?
Vous avez ainsi des personnages féminins très contrastés de différentes générations, des très jeunes femmes à des femmes plus mûres ? Entre la réalité et fiction quelle est votre perception des femmes japonaises par rapport à la sexualité ?
Le Japon moderne est un pays machiste : aujourd’hui encore des femmes doivent choisir entre mener une carrière et créer un foyer. On attend d’une employée de bureau qu’elle quitte son travail au premier enfant pour devenir femme au foyer. L’homme au contraire doit apporter la sécurité, à commencer par la sécurité financière. Il part tôt le matin, travaille longtemps, et passe souvent la soirée entre collègues ou avec des clients pour rentrer le soir après onze heures et recommencer la même chose le lendemain. Résultat, les couples vivent en parallèle, en étrangers, et la sexualité en pâtit. Reste alors le phantasme, en film ou sur papier glacé, et les étreintes tarifées qui peuvent être d’une incroyable variété.
Les estampes japonaises aux vertus aphrodisiaques, l'art du bain, le rapport eau-corps rituels font ils partie de l'univers de la sensualité du plaisir de l'érotisme japonais? Est-ce un ingrédient de l'érotisme japonais ?
Les estampes d’autrefois remplissaient le rôle qu’ont maintenant les manga : ils illustrent les phantasmes, parlent d’un monde essentiellement urbain, frustré et en même temps libéré de beaucoup de tabous d’où une violence exacerbée. Les monstres y sont légions, et sont souvent pervers. Tentacules, poulpes, les créatures marines agressent les femmes, fouillent les entrecuisses dans un bruit humide.
L’eau a d’ailleurs une signification érotique: c’est dans l’eau que les Dieux trempent la lance pour donner naissance au Japon. L’orgasme est souvent manifesté par une vague, et les corps faisant l’amour se couvre de sueur, de sécrétion. Bref l’eau est un élément qui génère vie et plaisir, mais qui est en même temps vaguement sale...
Qu’est-ce que les japonais pourraient apprendre des mœurs et pratiques sexuelles françaises, ou même occidentales ?
Les Japonais n'ont pas attendu pour se faire une culture en la matière : dès l'ouverture du pays sous l'ère Meiji, des anciens samurai sont envoyés en occident pour étudier les techniques, et au cours de leurs séjours ils n'oublient pas de visiter nos maisons closes... La mode de la culotte se répand après un incendie à Ginza où des dizaines de femmes en kimono refusèrent de sauter de l'immeuble où elles étaient coincées par peur de montrer leurs dessous, ou plutôt leur absence, aux sauveteurs... Bref, le Japon, toujours curieux de modernité, a été très vite au fait de nos pratiques. Les différences ne sont peut-être pas tant à chercher dans les actes, que dans le sens qu'on y attache. Un exemple parmi d'autres : au Japon, embrasser sur la bouche, ou plus exactement sucer la langue de son partenaire, est un préliminaire sexuel, et non une marque de tendresse. J'ai ainsi vu dans des sex-shop de Tokyo des DVDs où des couples ne font rien d'autre que s'embrasser en public. La caméra alterne entre les gros plans sur le couple et des vues plus larges sur la rue pour montrer les réactions des passants.
Votre prochain roman sera un thriller sur les Yakuza. Vous abandonnez le terrain de l’érotisme ou bien sera-t-il encore l’un des éléments du roman ? Est-ce incontournable quand on écrit une histoire qui a lieu au Japon ?
Mon texte est encore à l'état d'ébauche donc j'aurai beaucoup de mal à en parler... Disons que je cherche à faire de Tokyo un personnage à part entière en utilisant pour cela des éclairages différents. Il ne s'agit pas de « plaquer » de l'érotisme, comme on change des noms de personnages pour les rendre exotiques, mais de rendre compte d'une réalité. Est-ce qu'il y aura du sexe dans mes pages ? Oui, si cela est nécessaire à la narration...
23 septembre 2008
TOKYO EST AU JAPON
Et oui c'est officiel, on trouve Tokyo Rhapsodie à Kinokuniya. C'est en tout cas ce qui ressort à la lecture de leur site. Est-ce qu'une bonne âme pourrait faire une photo de mon bouquin sur les rayonnages? C'est pas pour moi: c'est juste qu'il manque un visuel pour ce billet...
06 août 2008
LECTEURS
Voilà une semaine que je suis rentré en France, et c'est l'occasion de rencontrer quelques-uns des fidèles lecteurs qui suivent la publication des extraits de Tokyo Rhapsodie. Du coup je me suis aperçu que je n'avais expliqué nul part la logique de cette mise en ligne: c'est toute la première partie qui va être mise en ligne sous forme de feuilleton. La brièveté des extraits, où on change à chaque fois de personnage principal, est celle des chapitres du livre.
Voilà !
01 août 2008
TOKYO RHAPSODIE SUR AMAZON.FR
Le rythme des posts risque de se ralentir pour cause de retour en France, de surcharge de travail en matière de traduction, et bien sûr de vacances à la française. Rassurez-vous, ça ne m'empêche pas de mettre la suite de mon roman en ligne, l'épisode de cette semaine à d'ailleurs un titre très prometteur, jugez plutôt : "De la pipe au Japon".
Au chapitre des bonnes nouvelles, Tokyo Rhapsodie est en prévente sur Amazon, et dans d'autres librairies aussi... Sortie prévue le 25 août !
18 mai 2008
TOP 5
Comme je l'écrivais hier, je viens de terminer la saisie des corrections pour Tokyo Rhapsodie, et comme c'est toujours plus ou moins les mêmes fautes qui reviennent, j'ai fait le "Top 5" de mes erreurs :
- N°5, la ponctuation, et, en particulier, l'usage de la virgule après "et"
N°4 "faire assoir" et non "faire s'assoir"
N°3, l'usage excessif des adverbes. Vraiment ? Oui, et soudainement je réalise que cela est directement dû à l’usage que j’en fait dans mon travail, forcément rémunérateur, de traducteur de jeux vidéo : l’adverbe est utile pour mettre toutes les idées dans les cases où l’espace est limité.
N°2, les majuscules indues pour les noms de professions: "le
Pprofesseur", "leMmaître"N°1, et loin devant, l'absence de trait d'union dans "qu'est-ce que", cette faute-là, j'ai dû la corriger au moins cent fois dans le texte !
Bon, il y avait aussi pas mal de répétitions, et ce malgré tous mes efforts et la demi-douzaine de copains qui avaient lu mon texte... Comme quoi relecteur c'est un métier !
17 mai 2008
SAFARI PHOTO
J'ai enfin terminé d'entrer les corrections proposées par mon éditeur, ouf ! Comme j'ai un peu de temps en ce moment, j'ai commencé la rédaction de quelques textes, en ordre dispersé. J'ai également l'idée de faire une bande-annonce pour Tokyo Rhapsodie : un montage de vidéos et de photos pour essayer de traduire visuellement le décors de mon texte... Shibuya, Harumi, pachinkos, love-hotels, lignes électriques, gares bondées, salles d'arcade, et partout, tout le temps, la foule. Candide devrait me fournir la musique, reste à collecter les images. Un safari dans la jungle urbaine de Shinjuku vous tente ?
07 mai 2008
Ep. XI : LA COUVERTURE
Et voilà, la couverture est prête ! Cela n'a été ni facile ni rapide (Martin est sur le projet depuis près de six mois), mais ça en valait la peine. Depuis le début je voulais travailler avec lui à cause de son style entre BD et manga, et j'ai présenté son travail à mon éditeur dès que mon manuscrit a été accepté.
Cette première proposition servit de base à la discussion. Le problème ? Ni mon titre Tokyo Rhapsodie ni la couverture ne permettaient de comprendre le contenu érotique du livre. Une image BD risquant d'attirer les enfants, il fallait « érotiser » l'illustration.
Martin est donc retourné à sa table à dessin, avec plusieurs pistes en tête. Le résultat est ma foi sympathique, et cette fois le public a le moyen de savoir ce qu'il s'apprête à acheter…
On y reconnaît en vrac le Tengu, Kiharu en kimono, Angela au travail et ce roublard de Seiji clope au bec...
23 avril 2008
Ep. X : CORRECTIONS D’EDITEUR
J’ai reçu la semaine dernière les propositions de corrections de mon éditeur, et il m’a fallu un moment pour comprendre le code utilisé. Je suppose que c’est quelque chose de standard dans l’édition, mais ça m’a amusé. Le voici :
Par une belle matinée du mois de mai, une élégante
amazone parcourait, sur une
├superbe┤ jument alezane, les allées fleuries∕
du Bois de Boulogne.
Avec dans la marge à gauche « ├┤très belle » et dans la marge droite « ∕Ч ».
Cela signifie que le correcteur propose :
Par
une belle matinée du mois de mai, une élégante amazone parcourait, sur une très
belle jument alezane, les allées du Bois de Boulogne.
Chapeau bas !
01 avril 2008
Ep. IX : DROITS ELECTRONIQUES
Connaissez-vous Moko ? C'est une fille un peu déjantée dont le blog tente d'expliquer l'Europe et le monde à travers les sucreries, en tout cas c'est comme ça que je l'ai compris. Je lui racontais récemment mes aventures littéraires, et elle m'avoua qu'elle regrettait de ne pas avoir négocié son contrat le jour où elle-même parvint à se faire publier. Son souci majeur ne concernait d'ailleurs pas la rémunération, mais les droits électroniques (un petit topo ici et là).
Tiens,
c’est vrai, dans mon contrat aussi, il y a un passage où je cède « le
droit de reproduire et d’adapter tout ou partie de l’œuvre et de ses
adaptations et traductions par tout procédé de numérisation sur tout support
d’enregistrement magnétique, optique, numérique ou électronique, tant actuels
que futurs, et notamment la photocopie, la disquette, la carte à mémoire, la
diapositive, le microfilm, CD-ROM et CD-I, séparément ou avec d’autres œuvre »
Mais
quid de la diffusion sur Internet, celle dont le SESAM tente depuis
dix ans d’être l’interlocuteur unique en France ? Distribution sous format
pdf , sur un site payant ou gratuit... Cela est couvert par des droits. On peut
bien sûr se demander qui lit des pavés de 300 pages sur écran… Des acheteurs
potentiels répondra Loïc Lemeur. Et il n’est pas le seul : Jacques
Dutertre diffuse son Bestseller, anatomie d’un phénomène sur simple courriel, Thomas Clément met en
ligne les trente premières pages de ses Enfants du plastique
sur son blog… Les extraits en ligne aideraient-ils les ventes ?
Gallica
ou Google Livres ont déjà changé mes méthodes de travail, mais bien plus est à
venir. Encore confidentiels, les livres électroniques devraient logiquement
percer. Ce sont de petits bijoux de technologie en papier électronique (e-paper),
qui donnent un confort de lecture similaire à un livre sous format papier, sauf
qu'on peut y faire tenir une bibliothèque entière. Et que penser des romans sur
téléphones portables qui font un tabac au Japon ?
De
là aussi les interrogations de Moko, et les miennes, plus prosaïques : à quand
Tokyo Rhapsodie en format pdf ou sur Sony Reader ?
28 mars 2008
Ep. VIII : BUSINESS IS BUSINESS
La phase suivante a été la négociation du contrat, mais d’abord, pourquoi négocier ?
Je
dois déjà dire que les conditions proposées par la
Musardine étaient honnêtes,
suivaient la législation, et étaient très loin des contrats lights et autres
« arnaques contrats A Compte d’Auteur » que dénonce l’Oie Plate. Simplement le contrat suivait presque point par point le modèle proposé
par le Syndicat National de l’Edition et qui ressemble à ça.
Je
me suis donc documenté, en particulier grâce au très complet « 150 questions sur l’édition » de Marc Autret, aussi disponible en .pdf à moins
de 10 euros. De là, j’ai compris plusieurs petites choses. Mon contrat était
typique de la boulimie des éditeurs en matière de droits annexes :
traductions, ventes en tout pays, adaptation en livres audio, produits dérivés
(des petites figurines de Yu-Chan façon Evangelion, j’en rêve !)… J’ai donc négocié
là-dessus, en acceptant la rémunération directe qu’on me proposait (pourcentage
et à-valoir), qui bien que dans la tranche inférieure des moyennes de la
profession, me semblait correcte. N’oublions tout de même pas qu’il s’agit de
mon premier roman, et que c’est l’éditeur qui prend les risques financiers, pas
moi.
Nous avons ensuite parlé, et après un long entretien téléphonique, trouvé un point d’accord. Ce que j’y ai gagné ? Avant tout une forme de tranquillité d’esprit : si mon roman se vend bien, je n’aurais rien à regretter, et les conditions seront bien celles que j’ai voulu. J’ai cédé mes droits annexes, mais à un prix acceptable et, dans ces conditions, travailler avec la Musardine devient un vrai plaisir. Car une fois évacué le problème de l’argent, on se retrouve face à quelque chose de mille fois plus intéressant : la naissance d’un livre.
Illustration: projet de couverture par Martin avec la fameuse Yu-Chan (détail)


