Le devisement du monde

Après le Japon, me voilà dans un nouveau territoire à explorer: Marseille... Mais que les amateurs d'érotismes ne soient pas inquiets, je continuerai à parler de fesse!

03 octobre 2008

PECHES MIGNONS

A chaque fois que je passe à la Musardine, je rigole tout seul en voyant les couvertures de la collection "Osez...". Le dessinateur s'appelle Arthur de Pins, il a un sacré coup d'œil et un blog bien fichu avec pas mal d'extraits en ligne. En effet il ne se contente de faire des couvertures, il fait des BDs. Cela s'appelle Péchés Mignons et c'est à mourir de rire.

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29 septembre 2008

LES RECEPTIONS DE MONSIEUR L'AMBASSADEUR

C'était vendredi dernier, et j'étais invité avec une quarantaine d'autres personnes à venir fêter à l'ambassade du Japon les vingt ans du programme JET. Le programme JET? Un moyen pour quelques milliers d'anglo-saxons et une poignée de Français (entre autre) de partir chaque année enseigner leur langue dans les établissements publics nippons ou de favoriser la compréhension mutuelle entre les peuples.

Bref, c'était le genre de soirée a priori sympathique et superficielle comme on en voit à la télé... Sauf que pour l'occasion on avait demandé à un certain nombre d'invités de rédiger un petit texte sur leur expérience au Japon et que j'avais profité de l'espace ainsi donné pour faire ma pub et celle de mon livre.

Une chose est frappante avec les Japonais: ils lisent les textes qu'on leur soumet. Je n'avais pas fait deux pas vers le buffet que le Premier Secrétaire de l'Ambassade m'attrape, me parle de mon bouquin, s'enthousiasme à l'idée que j'ai pris un exemplaire avec moi et me présente illico à Monsieur l'Ambassadeur. Je déballe quelques niaiseries sur les différences entre Japon et Occident en terme d'érotisme, évoque l'absence de tabou judéo-chrétien sur l'archipel, et donne Tokyo Rhapsodie à mon hôte qui semble tout content de l'aubaine.

Je suis rentré chez moi avec le sentiment du travail bien fait. J'ai juste un regret, celui de ne pas avoir pris mon appareil pour photographier l'Ambassadeur en train de discuter gravement avec les invités, mon livre sous le bras.

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23 septembre 2008

TOKYO EST AU JAPON

Et oui c'est officiel, on trouve Tokyo Rhapsodie à Kinokuniya. C'est en tout cas ce qui ressort à la lecture de leur site. Est-ce qu'une bonne âme pourrait faire une photo de mon bouquin sur les rayonnages? C'est pas pour moi: c'est juste qu'il manque un visuel pour ce billet...

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20 septembre 2008

SHIBARI, QUAND TU NOUS LIEN

Le problème quand on donne à lire un livre érotique aux membres de sa famille, c'est qu'on s'expose à de drôles de questions entre le poire et le fromage. L'une d'elles est récurrente: "Antoine, c'est quoi le bondage?" C'est vrai qu'il y a une longue scène dans Tokyo Rhapsodie où cette pratique est mise en valeur. J'aurais pu répondre que le bondage, ou shibari (ou encore kinbaku) en japonais, c'est ce qui s'étale sur les murs du métro: une érotisation du corps attaché.

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Sauf que ce qui pourrait être vu comme une banale pratique sado-maso est au Japon un art vieux de plusieurs siècles. Il faut remonter à l'ère d'Edo pour trouver les premiers lois en matière de lien: un prisonnier doit être attaché selon des règles strictes en fonction de son rang, du crime commis... Les nœuds par exemple sont considérés comme infamants, et par là même réservés aux roturiers.

 


La pratique a depuis quitté le monde judiciaire pour entrer dans celui plus flottant des jeux érotiques. Le milieu underground s'en est également emparé, et le travail plastique d'une Midori ou d'un Merzbow est indéniable. Le shibari s'invite même à la rentrée cinéma de septembre avec Inju !

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16 septembre 2008

INTERVIEW

Il y a deux semaines je laissais circuler un exemplaire de Tokyo Rhapsodie pendant une fête, mais je ne pensais pas que je me retrouverai à répondre aux questions écrites de lecteurs, sous la baguette d'une bibliothécaire amusée. Voici le résultat de cette "interview".


 

  • Le livre…

Pourquoi avoir choisi la littérature de genre pour débuter, qui plus est un genre plutôt confidentiel ? (quoique d’après la librairie Decitre, tes lecteurs sont aussi ceux des deniers Marc Levy et Anna Gavalda…)

Ce que j’ai voulu, c’est écrire un livre sur le Japon. Le fait est que c’est en lisant un roman d’Esparbec traitant de tout autre chose que j’ai réalisé que l’érotisme était l’une des clés permettant de comprendre ce pays. De là mon choix d’utiliser les codes de la littérature érotique pour construire mon roman.

 

Est-ce que ton roman est une étude sociologique déguisée sur le Japon contemporain ou un véritable roman érotique ?

Je ne suis pas sociologue, mais oui, mon livre est bien informé. J’ai fait beaucoup de recherches avant et pendant la rédaction, et j’ai aussi prêté une oreille attentive à tout ce que la communauté des expatriés de Tokyo avait à raconter sur le sujet. De cette masse d’informations, j’ai fait un roman. On pourrait faire un parallèle avec Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb : son livre est très vrai, mais les situations décrites ne sont pas réalistes.

 

Quelles sont les stratégies promotionnelles d’un éditeur spécialisé comme La Musardine ? Comment se fait la diffusion (articles dans la presse ? présence lors de salons ? dédicaces…) ?

Chaque collection de la Musardine a sa propre stratégie : on ne vend pas des guides sexuels (la collection Osez...), comme des classiques de la littérature (Sade, Ovide...) ni comme des romans contemporains. En ce qui me concerne, la Musardine a parié sur la rentrée littéraire et sur le fait que ce soit un premier roman. Maintenant il est vrai que l’on se heurte aujourd’hui encore à des réticences en matière de littérature érotique, le genre peine à sortir du ghetto.

D’un point de vue pratique, la Musardine est distribuée partout en France et sur le net via, entre autre, Amazon.fr. L’éditeur possède aussi sa propre librairie à Paris, rue du Chemin Vert, et un site web.

Le service de presse s’occupe de la promotion auprès des journalistes, c’est lui qui envoie des dossiers et des exemplaires et qui essaie de communiquer autour des auteurs. Je suis par exemple invité à une soirée sur le thème de l’érotisme au Japon qui aura lieu le 29 septembre au Balajo. Il y aura une lecture d’extraits où ont été conviés des journalistes.

Pour ce qui est des dédicaces, je sais que la librairie de la Musardine prépare quelque chose pour octobre, et je suis impatient de rencontrer mes lecteurs !

 

  • L’auteur…

Penses-tu que l’auteur se confonde avec l’homme ou, comme Amélie Nothomb (sur France Inter le 4 septembre), que l’écrivain est un imposteur ?

Le fait d’avoir choisi d’écrire sous pseudonyme trahit peut-être une différenciation entre l’homme et l’auteur. Mais si nous devons nous pencher sur le problème de l’identité, allons plus loin : ce qui fait « moi », qui me définit le mieux en quelque sorte, ce n’est pas le nom sur ma carte d’identité, ni la profession que j’inscris sur les formulaires de l’administration. L’auteur Antoine Misseau est un aspect de moi, ni plus ni moins mensonger que le reste des éléments sensés me définir et qui ne sont au fond que des conventions sociales.

 

Elle a aussi cette expression que je trouve très jolie pour décrire l’écriture « se mettre en vacances de soi-même ». Qu’en penses-tu ?

Oui, on pourrait citer Flaubert « Madame Bovary, c’est moi ! ». L’écriture me donne accès à ce que Eckart Tolle appelle « le moment présent », un temps où l’on se retrouve en totale adéquation avec son environnement et où le mental se tait pour laisser place à la créativité. Tokyo Rhapsodie, c’est moi !

 

Pourquoi utiliser un pseudo ?

Il y a plusieurs raisons. La première, c’est que je voulais un alter-ego écrivain pas trop envahissant : je ne suis Antoine que pour la littérature. Ensuite, mon nom est très classique, et Misseau a plus de punch. Enfin ce jeu sur mon identité m’amuse terriblement.

 

Combien de temps as-tu mis pour écrire ce roman ?

La trame est venue très vite, mais les recherches ensuite ont pris plusieurs mois. Du point de vue de la rédaction pure, je dirais six mois, plus encore six mois de corrections et de relectures par différentes personnes, soit un an à quoi s’ajoute le travail avec l’éditeur.

 

Comment perçois-tu les critiques des lecteurs, surtout ceux qui n’ont pas (encore) lu le roman ?

Jusqu’à présent on a surtout témoigné de l’intérêt pour mon livre : un roman où l’auteur essaie de décoder l’érotisme japonais contemporain, qu’il soit vu par les Occidentaux ou par les Japonais eux-même, voilà un sacré programme !
Quand aux critiques des lecteurs, je les accepte de bon cœur. Il ne faut pas oublier que j’ai construit ce livre grâce à elles. Les premières critiques, au stade de l’écriture, ont bouleversé mon texte à tous les niveaux : trame narrative (en particulier l’introduction), style, diminution du nombre des personnages, corrections d’erreurs culturelles. C’est par la critique que je progresse.

 

Quelles sont tes références littéraires ?

J’aurais beaucoup de mal à les nommer car ce serait faire l’historique de mes lectures depuis l’enfance. Il y a cependant quelques clés, et en particulier le Voyage au bout de la nuit de Céline qui est à la source de mon envie d’écrire pour les autres. C’est en le lisant que j’ai compris que dans un livre, on peut s’affranchir de l’académisme en matière de style, que ce qui compte c’est qu’on ait une histoire à raconter et les mots pour le faire.

Comme je l’ai dit plus haut, c’est la lecture d’Esparbec qui m’a donné l’idée de rédiger Tokyo Rhapsodie, et mon texte lui doit beaucoup en matière de structure. Il m’a également montré ce que pouvait être un roman érotique moderne, car mes références en la matière (Sade, Histoire d’O...) dataient un peu.

 

As-tu d’autres projets en vue ?

Oui, j’ai trois « chantiers » importants. Le premier est un roman policier, une histoire de yakuza à Tokyo, avec quelques touches de fantastique. Le deuxième est une série de nouvelles que j’ai écrites au Japon et que je dois retravailler. Enfin j’ai un projet BD, le scénario et les croquis sont prêts et je suis à la recherche d’un dessinateur pour matérialiser tout ça. J’ai aussi un projet de texte jeunesse, mais si j’arrive à le publier, ce sera certainement sous un autre nom...

 

  • La littérature…

La littérature est-elle libre de tout raconter ? Que penses-tu de la morale et de la censure (question d’autant plus pertinente si tu te lances un jour dans la « littérature pour ado », puisqu’il y a une loi à mentionner _ou pas) ?

En France la liberté en matière de littérature érotique est très grande, et les problèmes de censure n’interviennent en général que pour protéger l’honneur de personnes citées, ou en cas d’adaptation cinématographique. Ce qui s’est passé pour Baise-moi est parlant : le livre s’est vendu sans problème, mais le film n’a pu être distribué que dans les salles X.
Rappelons aussi que de plus en plus la censure n’est pas le fait de l’Etat, mais vient de recours en justice par des associations. Les zones dangereuses sont de fait restreintes, mais claires : la religion, la pédophilie. Reste à savoir si l’art doit être assujetti : Lolita est un livre magnifique, mais pourrait-on le publier de nos jours ?

 

La littérature érotique est-elle l’expression de fantasmes ou une provocation ? (ou autre chose !)

Je séparerais les œuvres érotiques en trois catégories : les pulsionnelles, les littéraires et les journaux. Je m’explique : si vous prenez Sade, sa Justine est de l’ordre de la pulsion. L’auteur, emprisonné, se cherche un espace de liberté. On peut l’opposer à La philosophie dans le boudoir : la langue est mieux travaillée, les scènes érotiques viennent appuyer le texte au lieu de se suivre dans une pantomime masturbatoire. Ce n’est pas un hasard si ce texte a été rédigé pendant un des (rares) moments où le divin marquis n’était pas en prison.

Les journaux intimes tiennent une place à part : La vie sexuelle de Catherine M. ou encore Ma vie secrète sont des œuvres où, me semble-t-il, la démarche d’auto-analyse est primordiale. Comme dans les textes pulsionnels on les écrit d’abord pour soi, mais avec un souci de justesse qui exige un travail proprement littéraire.

Dans tous les cas, la provocation fait partie intégrante du processus : le sexe choque parce qu’il est du domaine du privé et que l’exposer, que se soit visuellement ou dans un livre, c’est une transgression.

 

Que penses-tu de la littérature japonaise contemporaine ? Et française ?

Concernant la littérature japonaise, les éditions Picquier ont fait un très beau travail de traduction qui nous permet aujourd’hui de lire en français Murakami Ryu ou Miyabe Miyuki. J’ai également un faible pour l’auteur des Gens de la rue des rêves, Miyamoto Teru.

Pour ce qui est de la littérature occidentale contemporaine, les six ans passés loin de la France ont été des années de lectures plutôt classiques : Proust, Gide, Maupassant... En matière d’auteurs contemporains, il me semble difficile de juger « en masse ». Je trouve les premiers Nothomb intéressants, il m’arrive d’offrir 99 francs de Beigbeder aux copains qui ne l’ont pas lu, et je retrouve toujours avec beaucoup de plaisir l’œuvre de Pennac.

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14 septembre 2008

LA CHAMBRE ROUGE

J'ai trouvé ce petit recueil de nouvelles d'Edogawa Rampo au hasard d'une recherche dans les rayonnages de mon appartement.

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Rampo, c'est le nom du café à Yanaka où j'aimais prendre mes aises, c'est aussi celui d'un romancier à l'imagination torturée, prolifique, explorant sans fausse pudeur la veine de l'Ero-guro (érotique grotesque) chère à l'ami Charles. La nouvelle "La chambre rouge" qui a donné son nom au recueil est un petit bijou de cruauté. A lire absolument !

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02 septembre 2008

LES BUTTES CHAUMONT

Pas d'internet dans ma (nouvelle) maison, me voilà obligé de chercher des points Wi-fi ouvert dans le quartier. La palme je crois revient aux Buttes Chaumont: accès facile, internet gratuit, bancs confortables, et joggeurs à toutes heures. Un peu de soleil serait le bienvenu, mais il ne faut peut-être pas trop en demander.

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24 août 2008

LES VACANCES

Où est-ce qu'un pornographe peut passer ses vacances une semaine avant la sortie de son livre sans avoir l'impression de faillir ?

Réponse : à X Hix,  commune de Bourre-Madame Bourg-Madame !

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Cette petite cure d'air pur loin de la pollution et d'Internet m'a fait du bien, et entre deux balades j'ai même trouvé le temps de finir la mise en forme de mon projet de BD... Bon, il a suffit que je retourne à Marseille et à la civilisation pour reprendre mes bonnes vieilles habitudes de surf. Ma dernière découverte ? La brute, le jeu où il n'y a pas besoin d'être un as du clavier ni un pro du joystick pour écraser son adversaire. En fait on s'y bastonne sans même avoir besoin de faire quoi que ce soit...

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13 août 2008

TOKYO RHAPSODIE, LA VIDEO

Un peu de nouveauté pour pimenter vos vacances, et pas d'inquiétude, la qualité de la vidéo elle-même est bien meilleure que l'onglet ci-dessous laisse entendre (merci blip.tv !) :

J'ai monté cette vidéo avec l'aide de quelques copains dans le but de faire une bande annonce pour la sortie de Tokyo Rhapsodie. Je vous raconterai bientôt, c'est à dire après mon retour de vacances, d'où viennent la musique et les images !

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12 août 2008

HISTOIRE D'O

Histoire_d_oOn en parle beaucoup cet été, que ce soit dans l'express ou sur Buzz... Ce roman, je l'ai lu tôt, avant Masoch mais après Sade, et je me souviens avoir été frappé par la langue utilisée: qu'on puisse utiliser un style aussi précieux pour décrire des scènes aussi crues, cela me semblait incroyable. Bizarrement, le contenu m'avait beaucoup moins intrigué, j'avais toujours imaginé Justine à demi-volontaire, et les abandons d'O ne me semblaient pas si neufs que ça.

J'ai relu ce roman pendant la rédaction de Tokyo Rhapsodie, en contrepoint de mes recherches sur l'érotisme nippon. Ce qui m'a alors le plus troublé, c'est le pouvoir d'évocation de l'auteure, sa capacité à faire appel aux cinq sens pour appuyer ses descriptions.

Et le sexe dans tout ça? Eh bien tout cela est devenu bien gentil et bien doux: une petite bourgeoise va se faire attacher et baiser par tout un tas de Messieurs masqués, avec par moment un peu de flagellation pour faire bonne mesure. On est dans le classique, et plus du tout dans la transgression qui devait faire la force de ce livre il y a cinquante ans.

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