Le devisement du monde

Passionné de voyages, traducteur, professeur à mes heures, me voilà lancé dans une aventure éditoriale avec un livre publié prochainement chez La Musardine, l’éditeur parisien spécialisé dans la littérature érotique. Voici Tokyo Rhapsodie !

11 novembre 2008

Entre parenthèses

Ceux qui suivent ce blog régulièrement ne seront pas étonnés en apprenant que j'ai décidé de mettre "le devisement" en sommeil pour un temps: je voulais parler du Japon, je n'y suis plus, et du processus éditorial, Tokyo Rhapsodie est publié... Mais comme vous n'avez pas affaire à un ingrat, voici, en guise de paraphe, les premières lignes du roman de Carlos Ruiz Zafon, El juego del angel, traduites par ma chère et tendre:

"Un écrivain n'oublie jamais la première fois qu'il accepte quelques pièces ou un compliment en échange d'une histoire. Il n'oublie jamais la première fois qu'il sent le doux poison de la vanité dans ses veines et il croit que, s'il parvient à ce que personne ne découvre son manque de talent, son rêve de littérature lui accordera un toit au-dessus de sa tête, une assiette chaude à la fin du jour, et ce qu'il désire plus que tout : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui lui survivra sûrement. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, car c'est celui où il s'est perdu et qu'il a donné un prix à son âme."

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31 octobre 2008

INTERVIEW PSYCHO SEXO

Un journaliste de ce magazine tout neuf m'a contacté pour répondre à quelques questions sur l'érotisme et le Japon...

Vous êtes l’auteur de Tokyo Rhapsodie où vous montrez une capitale japonaise aux contours sexuels plus que débridés ! Vous avez vécu 6 ans au Japon. Est-ce un Japon fantasmé de la part des français qui y vivent ou bien entre-t-on dans l'univers érotique des Japonais eux-mêmes ?

Je voulais écrire, et décrire, un Japon cru et violent, et pour cela le genre romanesque s’est imposé. J’ai commencé par travailler sur des archétypes, ceux qui effectivement correspondent aux phantasmes des Français (la geisha, la petite amie à la mine de poupée et en apparence si soumise) ou des Japonais (les lycéennes en uniforme). Concernant les pratiques décrites, ce sont celles qui peuplent les pages des mangas érotiques : bondage, triolisme, bukkake… La structure même du roman renvoie d’ailleurs à la bande dessinée nippone : il s’agit de saynètes courtes avec une force évocatrice extrêmement graphique.

Qu’est-ce qu’un ou une Française peut apprendre de la sexualité japonaise par rapport à sa culture occidentale ?

Ce que l’on apprend au contact d’une société si différente, c’est avant tout à se connaître mieux soi-même. Ce qui provoque chez nous choc, dégoût ou colère, est en fait la clé d’une leçon importante : il n’y a pas de péché. Cela peut sembler évident, mais il a fallu que je parcoure 10 000 kilomètres pour en voir la mise en pratique. Au Japon, pays peu touché par le christianisme, le corps et le plaisir ne sont pas sales. Il appartiennent à la sphère du privé, on ne criera donc pas sur les toits qu’on pratique le bondage ou l’échangisme, mais en même temps le sexe n’est entaché d’aucune culpabilité. Il existe, point.

Quand on parle d'érotisme et de pratiques "made in Japan" on évoque souvent le bondage (shibari/kinbaku), il y a d'ailleurs une scène très forte dans votre livre qui l'illustre...

Il faut bien voir que le shibari tel qu’on le voit par exemple dans les mangas ou dans les films répond à plusieurs exigences. Tout d’abord il s’agit d’un art qui s’appuie sur une tradition ancienne, ligotage et suspension faisaient partie de l’attirail judiciaire permettant d’obtenir des aveux de la part des suspects, et qui a un objectif esthétique. Pour ceux qui s’adonnent à cette pratique, la quête va au-delà de l’excitation sexuelle : ce que l’on cherche à faire en liant et en suspendant son partenaire, c’est obtenir une vision de son vrai visage. On lui arrache le masque fait de politesses et de convenances, pour le mettre véritablement à nu.
J’ai essayé de combiner ces éléments pour forger une scène à la fois esthétique et cruelle : d’un côté le maître explique le sens de ses œuvres et en même temps on a affaire non pas à des tableaux mais à des êtres vivants, qui plus est en état de souffrance.

Beaucoup de stimulants sexuels dans votre livre aussi, des aphrodisiaques et divers filtres... Est-ce aussi courant au japon? Pour les hommes, pour les femmes?

Eh oui, le Japon est le paradis du gadget et la sexualité n’est pas une exception. On y vend par exemple des ona holes, ou vagins jetables : il s’agit de canette à usage unique pour masturbation masculine. Certaines sont décorées de personnages de manga pour parfaire l’illusion…
Concernant la drogue décrite dans mon livre, il s’agit plutôt de travailler sur le ressort de l’abandon de la volonté, sur un jeu de contrainte et de violence qui peut paraître malsain mais qui fait partie intégrante de l’érotisme japonais. L’homme, pour être rassuré dans sa virilité, recherchera une femme-enfant peut expérimentée, ou quelqu’un jouant ce personnage. D’où cette tendance qu’ont les filles à jouer les saintes nitouches en disant yada ou dame (non, non !) non pas pour repousser le garçon, mais pour le conforter dans son rôle de dominant.

Vous êtes à nouveau en France, est-ce que les tabous en France et au Japon sont les mêmes ?

Disons qu’en France on parle beaucoup de sexe mais on ne fait souvent pas grand chose, au Japon c’est le contraire.

Deux protagonistes de cette fiction sont français. L’un y est depuis peu et découvre les dessous de Tokyo, l’autre y est depuis pas mal de temps et a pris certaines distances. Dans ce livre quel est leur regard leur appréhension de la vie sexuelle au contact des japonaises ?

Ces deux personnages pourraient être la même personne à cinq ou dix ans d’intervalle. Pour un garçon débarquant au Japon, l’impression de devenir un sexe-symbole est très grisante. Et puis avec le temps viennent les désillusions. Dans un pays machiste comme le Japon, les filles ont appris à être manipulatrices et le bourreau des cœurs se retrouve pieds et poings liés à sa « conquête ». Ou alors après avoir multiplié les aventures trop faciles et sans lendemain le garçon commence à se demander ce que cherchent vraiment les filles qui sortent, et couchent, si facilement avec lui. N’est-il pas en fait qu’un « petit copain gaijin » juste bon à rendre jalouses les copines et faire bien sur les photos ?

Vous avez ainsi des personnages féminins très contrastés  de différentes générations, des très jeunes femmes à des femmes plus mûres ? Entre la réalité et fiction quelle est votre perception des femmes japonaises par rapport à la sexualité ?

Le Japon moderne est un pays machiste : aujourd’hui encore des femmes doivent choisir entre mener une carrière et créer un foyer. On attend d’une employée de bureau qu’elle quitte son travail au premier enfant pour devenir femme au foyer. L’homme au contraire doit apporter la sécurité, à commencer par la sécurité financière. Il part tôt le matin, travaille longtemps, et passe souvent la soirée entre collègues ou avec des clients pour rentrer le soir après onze heures et recommencer la même chose le lendemain. Résultat, les couples vivent en parallèle, en étrangers, et la sexualité en pâtit. Reste alors le phantasme, en film ou sur papier glacé, et les étreintes tarifées qui peuvent être d’une incroyable variété.

Les estampes japonaises aux vertus aphrodisiaques, l'art du bain, le rapport eau-corps rituels font ils partie de l'univers de la sensualité du plaisir de l'érotisme japonais?  Est-ce un ingrédient de l'érotisme japonais ?

Les estampes d’autrefois remplissaient le rôle qu’ont maintenant les manga : ils illustrent les phantasmes, parlent d’un monde essentiellement urbain, frustré et en même temps libéré de beaucoup de tabous d’où une violence exacerbée. Les monstres y sont légions, et sont souvent pervers. Tentacules, poulpes, les créatures marines agressent les femmes, fouillent les entrecuisses dans un bruit humide.
L’eau a d’ailleurs une signification érotique: c’est dans l’eau que les Dieux trempent la lance pour donner naissance au Japon. L’orgasme est souvent manifesté par une vague, et les corps faisant l’amour se couvre de sueur, de sécrétion. Bref l’eau est un élément qui génère vie et plaisir, mais qui est en même temps vaguement sale...

Qu’est-ce que les japonais pourraient apprendre des mœurs et pratiques sexuelles françaises, ou même occidentales ?

Les Japonais n'ont pas attendu pour se faire une culture en la matière : dès l'ouverture du pays sous l'ère Meiji, des anciens samurai sont envoyés en occident pour étudier les techniques, et au cours de leurs séjours ils n'oublient pas de visiter nos maisons closes... La mode de la culotte se répand après un incendie à Ginza où des dizaines de femmes en kimono refusèrent de sauter de l'immeuble où elles étaient coincées par peur de montrer leurs dessous, ou plutôt leur absence, aux sauveteurs... Bref, le Japon, toujours curieux de modernité, a été très vite au fait de nos pratiques. Les différences ne sont peut-être pas tant à chercher dans les actes, que dans le sens qu'on y attache. Un exemple parmi d'autres : au Japon, embrasser sur la bouche, ou plus exactement sucer la langue de son partenaire, est un préliminaire sexuel, et non une marque de tendresse. J'ai ainsi vu dans des sex-shop de Tokyo des DVDs où des couples ne font rien d'autre que s'embrasser en public. La caméra alterne entre les gros plans sur le couple et des vues plus larges sur la rue pour montrer les réactions des passants.

Votre prochain roman  sera un thriller sur les Yakuza. Vous abandonnez le terrain de l’érotisme ou bien sera-t-il encore l’un des éléments du roman ? Est-ce incontournable quand on écrit une histoire qui a lieu au Japon ?

Mon texte est encore à l'état d'ébauche donc j'aurai beaucoup de mal à en parler... Disons que je cherche à faire de Tokyo un personnage à part entière en utilisant pour cela des éclairages différents. Il ne s'agit pas de « plaquer » de l'érotisme, comme on change des noms de personnages pour les rendre exotiques, mais de rendre compte d'une réalité. Est-ce qu'il y aura du sexe dans mes pages ? Oui, si cela est nécessaire à la narration...

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24 octobre 2008

LES MORTS QUI MARCHENT

Le dernier jeu à la mode s'appelle "La Horde". Il est en ligne, gratuit dans sa version de base et met en scène un univers plein de mort-vivants où une poignée d'humains, les joueurs, tentent de survivre. Nous sommes dans la lignée des Resident Evil et autre Dead Rising, sauf qu'on joue en équipe et que, gratuité oblige, les graphismes sont beaucoup moins beaux, voire carrément fixes.

Vous ne vous sentez pas concernés? Pour vous le thème des hordes inhumaines prêtes à déferler sur notre civilisation est aussi rance que les souvenirs de la guerre froide et lde a peur abjecte du désert nucléaire? Eh bien croyez moi si vous voulez, mais une manif de zombies est prévue le dimanche 26. Sans rire !

Franchement, je regrette pas d'être rentré: à Tokyo on ne voyait jamais de mort-vivants défiler pour une double ration de cerveau frais ! Ils préféraient se tasser dans les trains au point d'étouffer et rentrer chez eux bouffis de fatigue...

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17 octobre 2008

SIGNATURE LE 6 NOVEMBRE

Je viens de recevoir la petite carte annonçant une rencontre d'auteurs à la librairie de la Musardine début Novembre. Sont invités Catherine Millet, Pierre Bisiou (dont je compte parler très prochainement), Nadine Monfils et un certain Antoine Misseau. Tout cela sous le patronage d'un ange frileusement accroché à ses ailes, ce que je comprends d'autant mieux que je suis de retour sur mon banc fétiche aux Buttes Chaumont pour consulter internet. Eh oui, l'installation Orange dans l'appart a fonctionné moins de 24 heures, une forme de record en quelque sorte.

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13 octobre 2008

HASARD CURIEUX

Profitant que deux amis fêtaient leur PACS au bord de la Loire, je suis allé voir mon oncle et ma tante qui vivent à deux pas de la salle ou devait avoir lieu le banquet. Le samedi matin, alors que je cuisinais en prévision de la soirée (on devait tous amener un "petit quelque chose"), le sujet de mon roman est arrivé sur le tapis. "Oui, me dit en substance ma tante, on l'a vu en librairie, nous l'avons même feuilleté mais il y a quelque chose qui nous a choqué". Allons bon! Vais-je avoir droit à une condamnation en bloc du genre érotique et de ses canons? Pas du tout! Ce qui est en cause, c'est le choix du nom de mes personnages. Et pour cause: mon oncle s'appelle Daniel, son fils aîné Sébastien, tout comme les deux héros de Tokyo Rhapsodie. Curieux, non?

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09 octobre 2008

DEBAUCHE DE TECHNOLOGIE

Fini les abandons d'animaux sur le bord des routes: à Shanghai une Japonaise propose de garder votre animal favori le temps des vacances. Et comme nous sommes à l'ère d'internet, la dame met chaque jour en ligne une vidéo sur Youtube où apparaissent toutes les bestioles dont elle a la charge. Voilà ce que ça donne:

Le rigolo de l'affaire, c'est que l'on découvre en même temps l'intérieur d'appartements d'expatriés japonais. Bref, la prochaine fois que je pars à l'autre bout du monde, j'envoie mon labrador invisible à la dame. Et hop !

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03 octobre 2008

PECHES MIGNONS

A chaque fois que je passe à la Musardine, je rigole tout seul en voyant les couvertures de la collection "Osez...". Le dessinateur s'appelle Arthur de Pins, il a un sacré coup d'œil et un blog bien fichu avec pas mal d'extraits en ligne. En effet il ne se contente de faire des couvertures, il fait des BDs. Cela s'appelle Péchés Mignons et c'est à mourir de rire.

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29 septembre 2008

LES RECEPTIONS DE MONSIEUR L'AMBASSADEUR

C'était vendredi dernier, et j'étais invité avec une quarantaine d'autres personnes à venir fêter à l'ambassade du Japon les vingt ans du programme JET. Le programme JET? Un moyen pour quelques milliers d'anglo-saxons et une poignée de Français (entre autre) de partir chaque année enseigner leur langue dans les établissements publics nippons ou de favoriser la compréhension mutuelle entre les peuples.

Bref, c'était le genre de soirée a priori sympathique et superficielle comme on en voit à la télé... Sauf que pour l'occasion on avait demandé à un certain nombre d'invités de rédiger un petit texte sur leur expérience au Japon et que j'avais profité de l'espace ainsi donné pour faire ma pub et celle de mon livre.

Une chose est frappante avec les Japonais: ils lisent les textes qu'on leur soumet. Je n'avais pas fait deux pas vers le buffet que le Premier Secrétaire de l'Ambassade m'attrape, me parle de mon bouquin, s'enthousiasme à l'idée que j'ai pris un exemplaire avec moi et me présente illico à Monsieur l'Ambassadeur. Je déballe quelques niaiseries sur les différences entre Japon et Occident en terme d'érotisme, évoque l'absence de tabou judéo-chrétien sur l'archipel, et donne Tokyo Rhapsodie à mon hôte qui semble tout content de l'aubaine.

Je suis rentré chez moi avec le sentiment du travail bien fait. J'ai juste un regret, celui de ne pas avoir pris mon appareil pour photographier l'Ambassadeur en train de discuter gravement avec les invités, mon livre sous le bras.

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23 septembre 2008

TOKYO EST AU JAPON

Et oui c'est officiel, on trouve Tokyo Rhapsodie à Kinokuniya. C'est en tout cas ce qui ressort à la lecture de leur site. Est-ce qu'une bonne âme pourrait faire une photo de mon bouquin sur les rayonnages? C'est pas pour moi: c'est juste qu'il manque un visuel pour ce billet...

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20 septembre 2008

SHIBARI, QUAND TU NOUS LIEN

Le problème quand on donne à lire un livre érotique aux membres de sa famille, c'est qu'on s'expose à de drôles de questions entre le poire et le fromage. L'une d'elles est récurrente: "Antoine, c'est quoi le bondage?" C'est vrai qu'il y a une longue scène dans Tokyo Rhapsodie où cette pratique est mise en valeur. J'aurais pu répondre que le bondage, ou shibari (ou encore kinbaku) en japonais, c'est ce qui s'étale sur les murs du métro: une érotisation du corps attaché.

Aquitaine_quitter

Sauf que ce qui pourrait être vu comme une banale pratique sado-maso est au Japon un art vieux de plusieurs siècles. Il faut remonter à l'ère d'Edo pour trouver les premiers lois en matière de lien: un prisonnier doit être attaché selon des règles strictes en fonction de son rang, du crime commis... Les nœuds par exemple sont considérés comme infamants, et par là même réservés aux roturiers.

 


La pratique a depuis quitté le monde judiciaire pour entrer dans celui plus flottant des jeux érotiques. Le milieu underground s'en est également emparé, et le travail plastique d'une Midori ou d'un Merzbow est indéniable. Le shibari s'invite même à la rentrée cinéma de septembre avec Inju !

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